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"Enfance III"
a des allures de poème-inventaire (on a parlé de comptine, de fatrasie). C'est une succession
de rencontres ou de trouvailles, petites épiphanies de l'enfance rêveuse et
solitaire, dont l'évocation s'achève,
comme souvent chez Rimbaud, sur un vif sentiment de frustration.
Le poème suggère un lieu : un "bois" ; un narrateur : un
enfant sans doute.
L'enfant perçoit le chant d'un oiseau. L’arrêt brusque et le rouge qui monte aux joues
sont les signes de son étonnement. Pour l'enfant, le chant
de l'oiseau est comme une voix cachée qui le hèle, il s'émeut de
cette présence quasi humaine dans le bois solitaire. Peut-être se
trouble-t-il aussi de la beauté de ce chant, qui lui révèle
simultanément la prodigalité de la Nature, dans l'ordre du Beau,
et le caractère insaisissable et fuyant de cette beauté.
Au deuxième alinéa, on reste perplexe devant cette "horloge
qui ne sonne pas" : il y a ... un coucou, peut-être ! La
critique a risqué cette interprétation facétieuse car les
"coucous", dit Monsieur Littré, sont des horloges "qui, au lieu de sonner l'heure, font
entendre le cri du coucou." Et on sait que Rimbaud aimait jouer
avec les dictionnaires.
L'enfant se penche
sur un trou dans la boue d'un chemin pour y observer de petites bêtes
blanches : toujours l'étonnement, l'intérêt naïf des enfants pour les animaux.
L'enfant se penche
sur un lac, il voit une "cathédrale" au fond de ce lac qui
n'est rien d'autre, peut-être, que l'image inversée de la futaie : c'est
le plaisir de jouer avec les apparences, le jeu fameux de
"l'hallucination simple" : "je voyais [...] des calèches
sur les routes du ciel, un salon au fond d'un lac" ("Alchimie du
verbe"). Plaisir fugace et factice puisque fondé sur l'illusion.
Une petite voiture
enrubannée ... : vestige abandonné d'une fête enfantine peut-être. Une fête, toutefois,
à laquelle le protagoniste ne participe pas.
Il entrevoit enfin des "petits comédiens", des enfants
déguisés, "à travers la lisière du bois" : c'est sans doute
la même idée. Mais dès lors que s'exprime le mouvement qui porte l'enfant vers d'autres êtres humains,
s'accroissent aussi la vraisemblance de la déception et la crainte d'être
rejeté.
Plus on
avance dans la lecture, plus l'ambivalence de l'expérience décrite dans
le poème devient patente : expérience de l'exclusion, fondamentalement,
comme l'indique le dernier alinéa, mais aussi, dans un
premier temps, du plaisir d’être là ; car si l’enfant est malheureux
d’être chassé du bois, il faut d’abord qu’il ait été heureux de
s’y trouver. La frustration finale suppose nécessairement la
révélation préalable de ce qu'il y a d'infiniment désirable dans la
vie mystérieuse du "bois", c'est à dire du monde : les êtres
et les choses, l' « immensité de l’univers » (« Solde »),
son « opulence inquestionable » (« Génie »).
Panorama
critique et commentaire
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