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A.R. Œuvres complètes. Folio
classique, 2026, éd. Cavallaro.
Compte rendu
Revue
de presse
Table des matières 
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« UNE PLÉIADE AU FORMAT DE POCHE »
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Pour
la première fois, l’œuvre poétique complète d’Arthur Rimbaud
vient de paraître en édition pluriversionnelle
dans une collection de livres de poche, Folio Classique. Et,
comme
Jean-Didier Wagneur l'a écrit dans sa
recension de Libération (05.07.2026), c'est
véritablement « une Pléiade au format de poche ».
Le
lecteur lambda a-t-il besoin d'une édition pluriversionnelle ? A-t-il besoin de savoir que « Le Cœur du
pitre » a d'abord été envoyé par le poète de 16 ans à
son professeur de Rhétorique Georges Izambard sous le titre
pathétique « Le Cœur supplicié » ? Que
« Mémoire » porte l'étrange titre « D’Edgar Poe / Famille
maudite » dans une version abandonnée à son domicile
conjugal par Verlaine, départ pour l’Angleterre, en juillet
1872 ? Que la strophe célébrant le bonheur à la fin
d’« Alchimie du verbe », « Salut à lui, chaque fois / Que
chante le coq gaulois », présente dans un brouillon
antérieur la cocasse rédaction suivante : « Je suis à lui
chaque fois / si chante son coq gaulois » ? Poser la
question, c’est y répondre. |
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Tous ces mystères captiveront d’autant plus le lecteur, même
débutant, que cette édition en deux tomes bénéficie d’un
très abondant appareil de notes, supérieur d’un tiers environ à ce que
proposent les entreprises les plus savantes. La comparaison
avec l'actuelle édition de référence, celle d'André Guyaux dans La Pléiade, est sur ce plan
significative. L'appareil de notes de l'édition Folio est
beaucoup plus homogène, en ce qui concerne le volume et la densité de son
annotation. Je prends l'exemple d'Une
saison en enfer :
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Pléiade
(2009-2021) |
Folio
Classique
(2026) |
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« Jadis,
si je me souviens bien...» |
± 1 p.
(927-928) |
± 3 p.
(244-247) |
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Mauvais
sang |
1 p.
(928-929) |
± 6 p. (247-253) |
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Nuit de
l'enfer |
± 1 p.
(929) |
4 p. (253-257) |
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Délires
I. Vierge folle |
± 2 p.
(929-932) |
± 3 p.
(257-260) |
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Délires
II. Alchimie du verbe |
± 3 p.
(932-935) |
6 p. (260-266) |
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L'Impossible |
1/2 p.
(936) |
2 p. (266-267) |
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L'Éclair |
7 lignes
(936) |
< 2 p. (268-269) |
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Matin |
10 lignes
(936-937) |
< 2 p. (269-270) |
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Adieu |
1 p.
(937-938) |
3 p. (271-273) |
Bilan transparent : l'annotation de
l'édition Folio est à la fois beaucoup plus abondante
(29 pages contre 11) et beaucoup plus équilibrée entre
les divers chapitres de l'œuvre. Le nombre de signes
entrant dans une page de la Pléiade est sensiblement
supérieur (de 25% environ) à celui d'une page de
l'édition Cavallaro, mais pas au point d'infirmer le
résultat de cette comparaison, de très loin. |
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CLASSEMENT |
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Les textes ont été classés par année, clairement
répartis en trois rubriques distinctes : versions de
référence / autres versions / lettres choisies, comme on
peut le voir dans la table des matières de l’ouvrage,
ici reproduite. Le premier tome (compositions latines de 1868-1871,
poèmes de 1870, poèmes de 1871) présente en son début 76
textes de référence. Ils sont classés dans un ordre
chronologique,
selon des critères explicités dans les
trois notices sur le classement des poèmes, démarche
pour la première fois proposée dans une édition des
œuvres complètes. Dans sa deuxième moitié, il donne d’abord 37
« autres versions », puis 4 lettres essentielles des mêmes
années, avec les poèmes que Rimbaud y avait insérés. La
table des matières du second tome (poésies de 1872, œuvres
en prose de 1873-1875) aligne dans sa première moitié 78
titres de poèmes ou de chapitres (pour Une saison en enfer),
dans sa seconde, 23 « autres versions », à nouveau suivies de
4 lettres.
Il est déjà très rare qu'une édition de poche donne
l'œuvre complète. Mais, ici, hors la correspondance, tout
est donné : les textes latins, toutes les versions, y
compris « les poèmes parus dans Lutèce et Les Poètes maudits (1883-1884),
ainsi que dans La Vogue et Les Poètes maudits (1886-1888),
rassemblés dans l'ordre de leur publication au sein d'une
section spécifique » [Tome 1, p. 26]. Édités dans
une traduction nouvelle due à Damien Crelier, les textes
latins sont présentés sous une forme maniable, en regard de leur version française. Le volume donne
les deux
versions des « Vers pour les lieux »,
six versions des « Effarés »,
la première publication de
« Tête de faune » révélée par Olivier Bivort dans son
article « Des
Poètes maudits à “Tête de Faune” » (Hommage
à Michel Pakenham : Les Chemin des correspondances et
le champ poétique, 2016, Classiques Garnier). Même si, en règle générale,
les poèmes parus dans Lutèce et Les Poètes maudits
ne proviennent pas de manuscrits autonomes, ils contiennent
des variantes et des coquilles qui sont à interroger. Il fallait en
tout cas rendre justice, écrit Cavallaro, « aux effets
considérables de cette anthologie dans l'histoire du rimbaldisme [...] première initiative de publication groupée
étrangère au poète » [t.1, p. 432].
Adrien Cavallaro
présente au lecteur, en première partie de
chacun des deux tomes, pour chaque poème, une version
de référence. Il s'agit d'une option logique, s'agissant
d'une édition certes très savante mais destinée au plus
large public. Le poète n’ayant pas toujours
indiqué au bas de ses textes, loin de là, leur date de composition,
il s'efforce, en s’appuyant sur les dates
des lettres ayant mis en circulation les poèmes, celles où
ils ont été confiés à tel ou tel ami, pour lecture, pour
sauvegarde ou pour publication, de présenter un classement
chronologique.
Les dates mentionnées au bas des poèmes ne sont
d'ailleurs pas nécessairement les dates exactes de composition. « Mai
1871 », au bas de « L'orgie parisienne ou Paris se repeuple », renvoie plutôt à
l'agonie de la Commune (21-28 mai, dates de la « semaine
sanglante ») qu'aux événements ultérieurs
évoqués par le poème. La composition a forcément été plus
tardive encore.
Mais ces dates des manuscrits fournissent malgré tout un repère matériel
approximatif. Quant aux poèmes dépourvus d'indication de
date et pour lesquels aucune conjecture sérieuse n'est
véritablement possible, ceux de 1872, Cavallaro les classe à la suite des
précédents dans l'ordre alphabétique. Quand plusieurs versions existent, il
choisit la plus tardive comme version de référence, mais
il insère le poème à la date de sa première transcription.
L'introductive « Note sur l'édition »
met en avant
deux critères : le choix préférentiel pour l’autographe quand
on en possède un (plutôt qu’une transcription
verlainienne, par exemple), le choix de la dernière version
connue quand, toutefois, elle présente les garanties
nécessaires. Cavallaro réserve ainsi pour sa rubrique
« Autres versions » les autographes sans titres des poèmes
de 1872 restés entre les mains de Verlaine après l’épisode
de Bruxelles, qui auraient sans doute dérouté le
lecteur. Ils sont pourtant ultérieurs à ceux
des archives Forain et Richepin [Voir dans ce site la
section
Tous les textes].
En application de son principe, il classe à la hauteur du 13 mai 1871, date de la lettre à Georges Izambard
contenant « Le Cœur supplicié », l'autographe intitulé
« Le Cœur du pitre » choisi comme version de référence.
Ce poème existe sous quatre versions. Cavallaro
fait de la seconde
en date sa version de
référence. La troisième et la quatrième seront offertes dans la section
« Autres versions », parce qu'elles sont de la main de Verlaine. Quant à la première,
la version envoyée à Izambard, c’est en fin de volume,
parmi les « Lettres choisies », que le lecteur la trouvera.
Le principe général est limpide. Mais on en devine le revers : « Le
Cœur supplicié » figure p. 258, « Le Cœur du pitre » p. 135,
« Le Cœur volé » et la version en deux strophes reproduite
dans « Pauvre Lélian » (deuxième édition des Poètes
maudits), pages 212 et 213. La confrontation
philologique exige du lecteur une certaine agilité. D'autant
qu'il manque cruellement, dans l'entête de ces pages de
notes, le type de mentions « Notes des pages tant à
tant » qui aide bien dans la recherche. Pour cet
exercice, la disposition côte à côte pratiquée par Steve
Murphy dans son édition des Œuvres complètes
(Champion, tome I, 1999, p. 371-399), option suivie par
André Guyaux dans son édition de La Pléiade (2009,
p. 115-118), aurait été plus commode. Pour ma part,
dans ce site, j'ai opté résolument, en la radicalisant même,
pour l'organisation par « dossiers » utilisée par Pierre
Brunel dans son édition à la Pochothèque (1999, 1039 pages)
: moins la chronologie poème par poème, jugée trop
aléatoire, que celle de leurs successives mises en
circulation ou tentatives de mise en circulation, projets ou
réalisations [Voir à nouveau dans ce site la section
Tous les textes]. Mais
la présentation initiale de versions de référence
était probablement préférable, dans une collection de livres
de poche. Elle ménageait une circulation plus aisée dans
l'ouvrage. Elle permettait d'offrir plusieurs niveaux de
lecture : un recueil de poésie de conception classique en
début de volume, semblable à celui qu'on offrirait pour
n'importe quel écrivain et, pour le lecteur désireux d'aller
plus loin dans la connaissance de Rimbaud, le dossier des
autres versions disponibles en deuxième partie d'ouvrage. |
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COUPS DE SONDE DANS L'ÉTABLISSEMENT DU
TEXTE |
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Le principe de l'édition Cavallaro est la fidélité maximale
aux manuscrits. On ne corrige pas Rimbaud. Face aux
difficultés d'un texte qui tient parfois (à de rares moments) du
brouillon, à ses ratures et surcharges, on se fixe une
règle stricte et cohérente : quand la correction est à
l'encre, on considère que Rimbaud l'a validée et on la suit
; quand elle est au crayon, on la considère non validée ou
allographe et l'on n'en tient pas compte. Enfin, on respecte
scrupuleusement la ponctuation. La
confrontation aux fac-similés des
éditions respectives d'André Guyaux (2021) et d'Adrien Cavallaro
(2026) montre que
ce dernier a été amené à revoir la ponctuation,
l'établissement des textes, leur disposition sur la page en
bien des endroits. Je me limite à quelques coups de sonde.
Certaines de ces corrections reviennent à une tradition
ancienne (« Michel et Christine », « Angoisse ») ;
d'autres précisent ou ajustent les établissements
antérieurs (comme « Les Effarés », version Aicard) ;
d'autres ont d'importantes conséquences dans l'approche
des ensembles manuscrits (« Voyelles », Lutèce :
voir Guyaux, 2009, p. 177, n. 1 ; Cavallaro, 2026, p.
398, n. 1). |
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Guyaux (2021) |
Cavallaro (2026) |
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Un
cœur sous
une
soutane
|
à cette opération qui
n’a rien en soi que de très futile….
Grande Marie !
Mère chérie,
La cuisinière
noire, |
à cette opération qui
n’a rien en soi que de très futile…..
Grande Marie….
Mère chérie !
La cuisinière,
noire, |
|
Comédie en
trois
baisers |
— Je baisai ses fines chevilles.... |
— Je baisai ses fines chevilles :… |
|
Les
Effarés
(Aicard) |
Du ciel
rouvert |
De ciel
rouvert |
|
Le
Forgeron
(Izambard) |
Nous
nous sentions si forts,
nous voulions être doux !... |
Nous
nous sentions si forts
: nous voulions être
doux !... |
|
L’homme juste |
Socrates
et Jésus, Saints et Justes, dégoût,
— Ô j'exècre ces yeux de Chinois [,
de daines] |
Socrates et
Jésus, Saints et Justes, dégoût !
— Ô j'exècre ces yeux de Chinois
de daines |
|
Les
premières
communions |
Le cœur,
sous l'œil des cieux doux, en les devinant
|
Le cœur,
sous l'œil des cieux doux, en les devinant : |
|
Oraison
du soir |
Je pisse
vers les cieux bruns
très haut et très loin, |
Je pisse
vers les cieux bruns, très haut et très loin, |
|
Le
Bateau ivre |
Qui
porte, confiture exquise aux bons poètes, |
Qui
porte, confiture exquise aux bons poètes
|
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Conneries II |
Poicre Boit : Nacre Voit ; |
Poicre
Boit :
Nacre
Voit : |
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Le cœur
supplicié |
Mon
triste cœur bave à la poupe.... |
Mon
triste cœur bave à la poupe..... |
|
Paris se
repeuple |
Ô cité
douloureuse, ô cité quasi morte,
Et ses rayons d’amour flagelleront les femmes. |
Ô cité
douloureuse, ô cité quasi morte
Et ses rayons d’amour flagelleront les femmes, |
|
L'Orgie parisienne
(Vanier) v.18 |
Foulant |
Fouillant |
|
Oraison
du soir
(copie Verlaine) |
Aux dents, sous les cieux gros
d’impalpables voilures, |
Aux dents, sous les cieux gros
d’impalpables
voilures. |
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Voyelles
(Lutèce) |
bombillent |
bombinent |
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Michel et
Christine
v. 22 |
Rougissant leurs
fronts |
Rougis et leurs fronts [...] |
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Villes
(L'acropole...) |
à l'aspect de
colosses des gardiens |
à
l'aspect des gardiens de colosses |
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Angoisse |
Amour, force ! |
Amour ! Force ! |
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Aux mérites de la nouvelle édition Rimbaud, il convient
d'ajouter la clarification concernant le titre des
Illuminations : la notice sur le recueil (p. 276 et
277 du tome 2) explique pourquoi, après quelques autres,
l'auteur en revient au titre avec article de 1886. Comme
il l'a longuement argumenté dans le numéro 25 de la
Revue Verlaine, « le titre originel des
Illuminations
(Les Illuminations),
transmis par Verlaine, pour l’essentiel,
sous cette forme (et non sous la forme
Illuminations,
dont le choix n’a
jamais été rigoureusement motivé), doit être préservé
pour des raisons philologiques » (« Résumés », p. 271).
Effectivement, la prudence philologique conseille
d'accorder le plus grand poids, dans la solution du
problème du titre, à la première mention imprimée de
Lutèce, nécessairement manuscrite au départ, puis
relue, puis validée par Verlaine. Les occurrences
ultérieures, notamment manuscrites, ne peuvent peser du
même poids. Voir le relevé complet des occurrences sous
la plume de Verlaine, dans l'article confié par
Cavallaro à la Revue Verlaine. À propos de ce titre encore, je signale cette note 8
consacrée à « Promontoire » (t. 2, p. 330), qui explique
pourquoi la mention « Illuminations, page 34 »,
renvoyant à l'édition de 1892 chez Vanier, est
« assurément allographe». L'autre mention du
mot « Illuminations », à droite de la signature,
dont la graphie est identique, est donc elle aussi
allographe, probablement, selon Cavallaro. Quant à la
signature, qui est d'une encre différente de
celle du texte et semble d'une même encre que
les mentions allographes du titre du recueil, son
caractère auctorial est
lui-même incertain.
À mentionner aussi, le soin apporté à la mise en page
des poèmes. Concernant « Nocturne vulgaire », par
exemple, l'excellente note 3, p. 318-319 du t. 2,
explique pourquoi l'éditeur s'est décidé à ménager
quatre paragraphes ouverts par des tirets placés en
retrait de la marge (sans retrait, dans La Pléiade,
p. 307), alors qu'on peut hésiter entre « trois, cinq ou
même six paragraphes ». Cavallaro a le souci constant,
c'est une autre qualité de son travail, de motiver dans
ses notes les solutions qu'il adopte dans
l'établissement du texte. On aimerait que toutes les
éditions de Rimbaud justifient aussi clairement leurs
choix, pour discutables qu'ils puissent être,
naturellement. |
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COUPS DE SONDE DANS L'APPAREIL CRITIQUE |
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La « note sur
l'édition » qui ouvre le tome 1 expose la méthode suivie
dans l'appareil critique. Chaque texte est accompagné
d'une notice comprenant un premier paragraphe où sont
rassemblés, par ordre chronologique, les informations
matérielles sur les manuscrits et les publications
imprimées qui en sont issues. Vient ensuite une notice à
vocation critique, généralement substantielle. Enfin,
des notes assez nombreuses, essentiellement
informatives, apportant des précisions historiques,
lexicales, intertextuelles, parfois philologiques. Les
notes lexicales proviennent systématiquement de
dictionnaires d'époque (Grand Larousse universel, Dictionnaire de
l'Académie, Littré, Bescherelle). Les
bibliographies par poèmes sont sélectives, mais c'est la
première fois qu'une édition de
poche en propose : jusqu'ici, ce genre de bibliographies ciblées
étaient réservées aux éditions du type Pléiade. Une
copieuse bibliographie générale est fournie, où l'on
remarque un grand nombre de références à la critique la plus
actuelle. Curieusement Cavallaro
reprend sa bibliographie générale
presque à l'identique dans chacun des deux tomes. Celle du
tome I dresse cependant une liste impressionnante de
fac-similés, avec les références précises des livres et
catalogues de vente où l'on peut les retrouver. Je prends en
exemple dans les lignes qui suivent
quelques-unes des notices de Cavallaro pour illustrer la façon dont s'y articulent
l'informatif (les notes) et l'herméneutique (les notices),
non sans formuler parfois d'infimes réserves. |
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LES EFFARÉS (20 sept. 70) |
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Comme en témoigne le
nombre inhabituel des versions qui nous sont parvenues, ce
poème chaudement loué par Verlaine dans Les Poètes
maudits a eu une diffusion exceptionnelle. Deux autographes de Rimbaud,
dont l'un envoyé au poète Jean Aicard. Deux copies de Verlaine.
Deux publications, dont l'une dans un magazine anglais dont
on ignore le « qui » et le « pourquoi », mais dont le « comment » révèle une amusante entreprise d'édulcoration
(« les dos en rond » au lieu de « les culs en rond »). Les
différences d'une version à l'autre sont assez sensibles. Cavallaro relève dans ses notes qu'à
partir du second manuscrit, le terme « médianoche », dont il
nous donne la définition par le Grand Dictionnaire
Universel, fait son apparition dans le v. 2 et les «
petits » deviennent des « Jésus ». L'introduction de ces
deux termes à connotations religieuses n'est pas sans
incidence sur l'interprétation. Nous avons là, en effet, une
scène de genre « ambivalente », explique Adrien
Cavallaro. Rimbaud parvient à attendrir en évitant le
misérabilisme de ce type de tableaux édifiants par le biais
de l'humour : par sa religiosité parodique, et même, dit-il,
son possible « double sens obscène (du “soupirail”, v. 2, au
“trou chaud”, v. 22, et à la “culotte trouée”, v. 34) ».
C'est aussi une expérience originale sur le plan du système
strophique : douze tercets qui s'apparient par les rimes en
six sizains, selon un système aab ccd. C'est un type de
structure que l'on a pu trouver
déjà chez Rutebeuf, au 13e siècle, nous apprend Cavallaro
(après Benoît de Cornulier, « Pas de Noël pour les “effarés”
de Rimbaud », dans Rimbaud, Verlaine et zut; À la mémoire
de Jean-Jacques Lefrère, dir. Steve Murphy, Classiques
Garnier, 2019, p. 13-66).
Dans le
tableau ci-dessous, à titre d'illustration, je reproduis le
sizain final dans ses six versions. C'est la partie du poème qui a enregistré le plus grand nombre
de petites modifications au fil des retranscriptions. Ce
serait un bon exercice que de s'en demander la raison. Légende du tableau : la saisie en caractères
rouges indique les segments du poème ayant été affectés
par des modifications. Une barre verticale rouge «
i » indique
l'absence d'un signe de ponctuation présent dans d'autres
versions.
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Ms. 1 - p. 120-122
Autographe
Daté 20 sept. 70
Dossier remis à Demeny à Douai en sept.-oct. 1870. |
Ms. 2 - p. 205-207
Autographe
Lettre à Jean Aicard de juin 1871. |
Ils se ressentent si bien vivre, Les pauvres
petits pleins de givre,
— Qu'ils sont là, tous,
Collant leurs petits museaux roses Au grillage,
chantant des choses, Entre les trous,
Mais bien bas,
— comme une prière.... Repliés vers cette lumière Du ciel rouvert,
— Si fort, qu'ils crèvent leur culotte,
— Et que leur lange blanc tremblotte Au vent d'hiver.....
|
Ils se ressentent si bien vivre, Les pauvres
petits pleins de givre,
iQu'ils sont là, tous,
Collant leurs petits museaux roses Au treillage,
et
disant des choses, Entre les trous,
Des chuchotements de prière ; Repliés vers cette lumière De ciel rouvert,
iSi fort,
qu'ils crèvent leur culotte,
iEt que leur lange blanc tremblotte Au vent d'hiver.
|
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Ms. 3 - p. 207-208
Copie Verlaine
Dossier réuni par Verlaine en 1871-1872. |
Ms. 4 - p. 208-209
Copie Verlaine
"probablement 71-72" (Murphy OC - IV, p. 271). |
Ils se ressentent si bien
vivre, Les pauvres
Jésus pleins de givre,
Qu'ils sont là, tous,
Collant leurs petits museaux roses Au
treillage, grognant des choses
Entre les trous,
Tout bêtes, faisant leurs prières Et repliés vers ces lumières
Du ciel rouvert,
iSi fort,
qu'ils crèvent leur culotte,
iEt que leur
chemise tremblotte Au vent d'hiver.
|
Ils se ressentent si bien
vivre, Les pauvres
Jésus pleins de givre,
— Qu'ils sont là, tous,
Collant leurs petits museaux roses Au treillage,
grognant des choses
Entre les trous,
Tout bêtes, faisant leurs prières Et repliés vers ces lumières
Du ciel rouvert,
iSi fort, qu'ils crèvent leur culotte,
iEt que leur
chemise tremblotte Au vent d'hiver.
|
Ms. 5 - p. 210 - 211
Imprimé en janvier 1878 dans
The Gentleman's Magazine
version « leurs dos en rond » |
Ms. 6 - p. 227-228
Imprimé dans Lutèce
19-26 oct. 1883.
Repris dans Les Poètes maudits |
Ils se sentent si bien
revivre, Les pauvres
Jésus pleins de givre,
iQu'ils sont là, tous, Collant leurs petits museaux roses Au
treillage, grognant des choses
Entre les trous,
Tout bêtes, faisant leur prière Et repliés vers ces lumières
Du ciel rouvert,
iSi fort, qu'ils crèvent leur culotte,
iEt que leur
chemise tremblotte Au vent d'hiver.
|
Ils se ressentent si bien
vivre, Les pauvres
petits pleins de givre,
iQu'ils sont là, tous, Collant leurs petits museaux roses
À la grille,
chantant des choses
Entre les trous,
À genoux, faisant leurs prières Et se pressant à ces lumières
Du ciel rouvert,
iSi fort, qu'ils crèvent leur culotte,
iEt que leur
chemise tremblotte Au vent d'hiver.
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L'ORGIE PARISIENNE OU PARIS SE REPEUPLE (Mai
1871) |
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Nous n'avons aucun manuscrit pour ce poème.
Conformément à son principe, Cavallaro donne comme version principale, sous le titre « L'Orgie parisienne ou Paris se repeuple », la version
imprimée des Poésies complètes dues à l'éditeur
Vanier, 1895 (p. 145-147) et dans sa rubrique « Autres
versions » le texte paru dans la revue La Plume sous
le titre « Paris se repeuple » en 1890 (p. 213-216).
Le titre double a été retrouvé sur un exemplaire du
Reliquaire de Rodolphe Darzens annoté par Vanier ou l'un
de ses collaborateurs pour préparer l'édition de 1895. Les
différentes sources (versions imprimées, épreuves de
l'édition Vanier) génèrent plusieurs variantes, dit
Cavallaro, qui précise les avoir toutes consultées (dans sa
« Note sur l'édition », p. 29). L'exemplaire du
Reliquaire contient notamment un quatrain nouveau (celui
qui commence par « Ô cœurs de saleté... »). Il a été ajouté
au poème en 1895. On constate aussi, de l'un à l'autre
poème, le déplacement d'une strophe (« Ouvrez votre
narine... ») qui passe de sixième en huitième position.
Cavallaro ne dit rien du vers qui s'écrit «
L'orage t'a sacré suprême poésie » dans La Plume et
« L'orage t'a sacrée suprême poésie » chez Vanier. Le « e »
après voyelle devant consonne s'est prononcé et a compté
pour une syllabe, en poésie, jusqu'au 16e siècle.
Par la suite, la règle classique l'a déclaré imprononçable
mais n'a pas permis pour autant de l'élider. Il était tout
simplement interdit à l'intérieur d'un vers, ce que Rimbaud
savait fort bien. Aussi n'est-il pas impossible que
l'absence d'accord du participe passé, dans la version La
Plume, provienne du manuscrit et s'explique par un choix
tout à fait conscient de sa part. Le Reliquaire
annoté par Vanier semble avoir envisagé, pour éviter à la
fois la faute grammaticale et le vers faux, une solution
« L'orage a sacré ta suprême poésie ». C'est la solution
préférée par Steve Murphy (Rimbaud, O.C. tome I,
Champion, 1999, p. 438). La nature des modifications
dont témoigne l'exemplaire annoté du Reliquaire
(l'apport d'une strophe nouvelle notamment) fait penser
qu'il a pu exister un manuscrit rimbaldien intermédiaire,
doté de cette formulation « a sacré ta ». Mais l'édition de 1895 a donné
finalement « t'a sacrée », leçon suivie par la grande
majorité des éditeurs suivants. On se serait attendu à ce que Cavallaro consacre une
dernière note à cette question. Mais il est vrai
que ses notes sur le poème étaient déjà pléthoriques,
s'étalant sur plus
de trois pages bien remplies (les pages 368-371 du tome I).
On comprend qu'il ait hésité à les charger
davantage. |
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| [ L'HOMME JUSTE ] |
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Copie Verlaine biffée d'un quintil de «
L'homme juste »
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Comme je le disais
ci-dessus, il faut parfois déployer une certaine « agilité »
pour faire la synthèse des informations dispensées de façon
dispersée dans les notes et notices de
l'édition. Quand on consulte la notice sur
« L'homme juste » (p. 374-376 du tome 1), on lit : « Poème
lacunaire (voir p. 431, n. 1), « L'homme juste » illustre le
versant imprécatoire... » etc. Commence ici une riche et
précise exégèse du poème, mais il faut se déplacer p. 431
pour en savoir plus sur cet aspect « lacunaire ». Or, la
consultation de la page 431 nous apprend tout sur « L'homme juste
(suite) » (le quintil de la main de Verlaine reproduit
ci-dessus), mais ne nous offre pas la présentation
synthétique qu'on est en droit d'attendre concernant
les bizarreries de ce manuscrit. On en a certes
trouvé l'élément de base dans le paragraphe de
présentation matérielle du texte, comme pour tous
les poèmes (p. 374) : « L'homme juste »
est un autographe de Rimbaud. Mais c'est encore une information partielle
car, pour savoir que cet autographe représente 11 quintils
et donc 55 vers de la main du poète... eh bien, il faudra
les compter soi-même, p. 152-153.
Ce parcours du combattant ayant été mené à son terme,
on peut commencer à comprendre ce qu'Adrien Cavallaro nous
explique dans sa note de la page 431 concernant la
strophe biffée. Étant de la main de Verlaine, elle a été placée
parmi les « Autres versions », p. 216, et non à la suite de
la copie autographe où elle se trouve dans le dossier de
poèmes rimbaldiens de 1871-début 1872 constitué par Verlaine
dans ces années-là. Qu'apprenons-nous donc p. 216 ? Que,
comme on le voit dans le fac-similé ci-dessus, Verlaine a
écrit au bas de cette strophe biffée : « 75 vers ». Or,
l'autographe rimbaldien contenant 55 vers et manquant
manifestement de son début, on infère que la partie
manquante du poème représente exactement 20 vers, précédés
d'un titre. Soit, vérification faite, compte tenu de
l'espace nécessaire à l'apposition du titre, ce qui peut
contenir dans un feuillet comme ceux qui nous sont parvenus.
Verlaine a manifestement biffé ce quintil dans son dossier
parce qu'il l'avait recopié par erreur : celui-ci figurait
déjà dans l'autographe. C'est pourquoi, comme on peut le
voir sur le fac-similé ci-dessus, le nombre « 75 » surcharge
un « 80 ». Verlaine avait compté, dans un premier temps, 80
vers, somme qu'il a corrigée en « 75 » lorsqu'il s'est
aperçu de son erreur.
S'étant évité ces filandreuses explications, Adrien
Cavallaro consacre, à juste titre, l'essentiel de ses notes et
de sa notice
des pages 374-377 à détailler minutieusement les références
à la personnalité de Victor Hugo qui constituent le fond du poème. Un sens qui a échappé aux commentateurs
rimbaldiens un siècle durant. Car ce n'est qu'en 1985
qu'Yves Reboul a révélé dans Parade sauvage n°2
l'identité de celui que Rimbaud appelle « le Juste », devant
l'incrédulité de certains (depuis toujours, on croyait que
« le Juste » était le Christ) et l'ébahissement
admiratif de la majorité des autres (je m'en souviens, j'en
étais). Mais tout n'est pas encore élucidé dans ce poème,
notamment le texte précis des deux strophes finales, ajoutées après
coup, d'une écriture qui,
par endroits, reste illisible. Une des
énigmes de cette fin de texte semble toutefois avoir trouvé sa
solution définitive, grâce à Adrien Cavallaro. Faut-il lire,
après « J'exècre tous ces yeux... », la formule « ...de
Chinois ou daines » ou les mots « ...de Chinois de
daines » ? |
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Manuscrit de « L'homme juste » (détail)
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Source : Arthur Rimbaud, Œuvres complètes, IV.
Fac-similés, éd. Steve Murphy, Champion, 2002, p. 298. |
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Source : correspondance privée. |
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David
Ducoffre a révélé en 2009 (Méthode n°16, p. 207-210) qu'il faut lire le mot « daines » (la femelle du
daim) à la fin du v. 72 de « L'homme juste ».
Mais, contrairement à ce chercheur, Cavallaro voit la
préposition « de » et non « ou » dans le mot qui précède
« daines » (n. 16, p. 377, t. 1). Comme on s'en aperçoit
sur les photos du manuscrit prises par Cavallaro à la BnF, qu'il
m'a autorisé à reproduire, la première lettre est un
« d » (semblable à celui de « soudaines » et de
« d'enfants » dans les lignes qui suivent), la seconde est
un « e » dont le trait de sortie est surmonté d'une tache
ronde. Cette tache correspond au point d'exclamation du v.
45 situé au verso, qui a traversé le feuillet.
Si l'on regarde attentivement les images
ci-dessus, on peut discerner la trace presque imperceptible
d'une barre s'élevant à la verticale de la tache.
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LES MAINS DE JEANNE-MARIE (Fév. 1872) |
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La bibliographie sélectionne les
contributions d'Yves Reboul (Rimbaud dans son temps, Classiques Garnier, 2009,
p. 131-146), Steve Murphy
(Rimbaud et la Commune, Classiques Garnier, 2010, p.
613-720) et
Marc
Dominicy (Parade
sauvage, 33, 2022, p. 39-91).
« Les mains de Jeanne-Marie » a été daté par
Verlaine « février 1872 ». Pour cette raison, Cavallaro
l'a placé en tête de son
tome 2.
Les 14
notes, très fournies (deux pages, presque) développent
notamment l'information scientifique sur la « belladone » (11
lignes), la ville de Kangavar (8 l.), les « mitrailleuses »
(8 l.) et la Semaine sanglante (15 l.).
Personnellement, j'aurais ajouté à la courte note 5 sur « bombinent » un
petit commentaire sur la proposition relative « dont bombinent les bleuisons / Aurorales [...] ».
Le
complément nominal remplacé par « dont »
peut être un complément de nom, « les bleuisons aurorales
des [de + les] diptères bombinent » (« diptères » est complément du nom
« bleuisons ») ou un complément de verbe « les bleuisons
aurorales bombinent de diptères » (« diptères » est
complément indirect du verbe « bombinent »). Les mains de
Jeanne-Marie chassent-elles donc, solution 1, les insectes dont les bleuisons
aurorales vrombissent, vers les nectaires ? Ou, plutôt,
solution 2, les
insectes dont les aurores bleues sont toutes vrombissantes,
autour des fleurs ? Je ne crois pas Rimbaud capable, ou
coupable, d'avoir suggéré que les diptères – mouches, syrphes,
taons, moustiques, moucherons et autres espèces floricoles –
bleuissent à l'aurore.
C'est, par contre, une belle idée de poète que d'attribuer par
hypallage aux « bleuisons » (des petits matins
de printemps) le bourdonnement des pollinisateurs autour des
fleurs.
La notice herméneutique, d'une page entière, constitue
une habile synthèse des thèmes agités par la réception
critique : le rapport intertextuel du poème avec l'« Étude
de mains » en deux volets de Théophile Gautier, la dimension
politique et d'actualité du poème (ce que l'histoire
rapporte de l'engagement des femmes du peuple dans la
Commune, de leur persécution dans les mois qui suivirent la
sauvage contre-révolution bourgeoise). Elle rappelle, mais en
une phrase seulement, l'intéressante discussion philologique
autour de ce texte : « Les strophes ajoutées par Verlaine
proviennent vraisemblablement d'une autre version,
antérieure ou postérieure à l'autographe que nous
connaissons. » Peut-être l'éditeur aurait-il pu préciser pourquoi il ne donne pas les deux versions, séparées : la courte et
celle dont Verlaine a sans doute tiré les v. 29-32 et 41-48 du texte
hybride qui est arrivé jusqu'à nous.
Voir ci-dessous
le manuscrit du
poème. |
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Les paginations 9 et 10, dans les angles supérieurs,
correspondent à l'emplacement du manuscrit dans le
dossier de textes rimbaldiens de l'année 1871 et du
début 1872 constitué par Verlaine en ces années-là.
J'emprunte les précisions suivantes aux notes 9, 10
et 12 d'Adrien Cavallaro, p. 192 de son tome 2. Page 9, Verlaine a recopié
de sa main une strophe dans la marge de gauche, avec un
trait de renvoi. Dans la marge inférieure, il a ajouté les
mots « Variante : casseuses ». Dans sa note 10, Cavallaro
précise : « ployeuses (surmonté d'une croix de
renvoi) n'étant pas biffé, nous le maintenons. » Page 10,
Verlaine a ajouté les vers 41-48 dans la marge inférieure,
avec une croix de renvoi.
Le débat philologique sur le dilemme « une
version ou deux ? »
se double
d'un intéressant arrière-plan interprétatif.
Comme Yves Reboul (art. cit.) l'a montré, Rimbaud a doté sa
combattante de la Commune des attributs positifs conférés
par Michelet au type historique de la Sorcière, persécutée
comme suppôt de Satan mais en réalité, véritable médecin des
pauvres au Moyen-Âge. Le poème l'oppose successivement à
toute une galerie de figures de l'aliénation (la mondaine et
la coquette, la sage et la pieuse, la cocotte et l'ouvrière
surexploitée) comme l'image de la Femme libre que son auteur
aurait pu aimer, lui qui, aux dires de la « Vierge folle »
d'Une saison en enfer, « n'aime pas les femmes ».
Mais deux des strophes ajoutées par Verlaine en marge de
l'autographe rimbaldien, qui sont les plus violentes du
poème (les v. 41-48), ont été utilisées, notamment par Marc
Dominicy (art. cit.), pour démontrer que Rimbaud a projeté
sur Jeanne-Marie l'hyper violence qui appartient à sa propre
nature, qu'il en a fait (au plein sens religieux du terme)
une « icône », entourée, à la fin du texte,
d'une aura mystique, une égérie révolutionnaire digne des
sans culottes
de 1793 pour laquelle le critique ne semble pas avoir
beaucoup de sympathie : son éclairage des images violentes
du poème par une référence à la Terreur ne laisse guère de
doute à ce sujet. Voir dans ce site
la
page consacrée à cet article de
Parade sauvage.
D'où l'opportunité de présenter le poème en deux versions
distinctes, plutôt que sous sa seule version hybride. C'est
ce parti de la séparation qu'a prôné Steve Murphy dans son
édition : Arthur Rimbaud, Œuvres complètes, I. Poésies,
Champion, 1999, p. 505-514. La version autographe, plus
courte et moins violente, pourrait aussi bien avoir été la
première que la seconde dans le temps, selon lui. Il
est impossible d'avancer une quelconque hypothèse sur la
chronologie relative des deux textes mais la présentation
séparée permet tout au moins de garder ouverte la question
de savoir si Rimbaud a plutôt évolué vers l'hystérisation de
son propos ou vers son adoucissement. |
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| Ô
SAISONS, Ô CHÂTEAUX ! |
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Le poème « Ô saisons, ô châteaux ! » qui constitue
l'extrême fin d'« Alchimie du verbe » (Folio classsique,
p. 88) nous est aussi connu par deux manuscrits autographes.
Le plus ancien des deux (que Cavallaro appelle « Ms. 1 »,
p. 229) est véritablement un brouillon d'écrivain, un
brouillon de travail comme nous en avons peu de la main de
Rimbaud. Le plus récent par rapport à la version imprimée
(« Ms. 2 », p. 229) est une mise au net quasi définitive. J'en
reproduis ici le manuscrit. |
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« Ô saisons, ô châteaux ! »
(Ms. 2)
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Remarquant l'ajout du
premier vers, à deux reprises en forme de refrain, dans
l'espace laissé disponible entre les strophes 1 et 2, puis
juste avant les strophes finales biffées d'une croix,
Adrien Cavallaro a vu dans ces modifications l'indice d'une
volonté de renforcer dans le texte son aspect de chanson. Il
semble avoir estimé que la forme issue de la suppression des
cinq derniers vers, allant de pair avec cette recherche de
simplicité et de légèreté, méritait d'être considérée comme
l'aboutissement du travail de Rimbaud sur ce texte et d'être
insérée, pour cette raison, parmi les versions de
référence de l'année 1872. Il le donne donc à deux
reprises, amputé p. 51, entier et biffé, p. 146-147. C'est
une innovation dans la publication de l'œuvre de Rimbaud. Cavallaro propose de considérer cet autographe comme un
poème à part entière et non, seulement, comme une étape
intermédiaire dans la mise au point du poème final
d' « Alchimie du verbe ».
Il a pourtant bien remarqué que si le dernier
vers montre une biffure ostensible, au crayon et à l'encre,
les vers 15 à 20 ne sont barrés qu'au crayon. Or, dans la
version finale, celle d'Une saison en enfer, les vers
15-20 biffés de Ms. 2 sont remplacés par le distique
« L'heure de sa fuite, hélas ! / Sera l'heure du trépas. »
qui en conserve le sens pour l'essentiel. Le mot « fuite » y
remplace le mot « disgrace ». La nouvelle rédaction limite
certes les emprunts au vocabulaire de la préciosité («
disgrace », « dédain »), ne conservant que « trépas ». Elle
estompe, certes, la référence à la rupture amoureuse. Mais
il reste l'idée d'une « fuite », de la part d'un « charme »,
qui « a pris âme et corps ». Se superposent ici l'idée de la
fuite de l'amant et celle de la perte de l'illusion dans la
poursuite du « Bonheur ». L'« étude magique » du « Bonheur »
n'a été que son « expérience illusoire ».
Je me demande donc si c'est une bonne idée de mettre en
relief cette suppression faite au crayon, donc peut-être non
définitivement validée, qui ampute le poème de son versant
mélancolique. Cavallaro fait d'ailleurs remarquer, très
justement, l'idée de « recommencement » sans fin, donc
d'inconstance, voire d'inconsistance, suggérée par la
célébration des vers 5-6 (« O vive lui, chaque fois... »)
ainsi que l'ambivalence sémantique du chant du coq. Il
annonce le jour et symbolise la promesse du bonheur, mais il
« sonne également l'heure de la trahison, dans l'épisode du
reniement de saint Pierre » (p. 231, n. 1). Le brouillon
(Ms. 1), que Cavallaro montre p. 146, juste avant la version
biffée Ms.2, est sous cet angle très instructif. Je le
reproduis, ainsi que l'astucieuse adaptation imprimée qu'en
donne Cavallaro. |
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Brouillon de « Ô saisons, ô
châteaux ! » (Ms. 1)
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Comme souvent les brouillons, celui-ci
livre de façon plus explicite que le texte abouti la
signification
recherchée : « Je me crois libre d'efforts ». Ce verbe
« croire » révèle le sens péjoratif donné par Rimbaud à
l'adjectif « magique » dans « J'ai fait la magique
étude / Du Bonheur que nul n'élude ». Cela veut dire, lu
comme un palimpseste : j'ai fait l'expérience illusoire
de la possession du bonheur, à quoi personne n'échappe.
Le discours du poème est un discours sur l'illusion du
bonheur, d'où le dénouement plutôt sombre (les vers
biffés). Le mélange de la divagation spirituelle
et du discours amoureux est ici plus explicite que dans
la version finale. Du côté religieux, on peut
comprendre : puisqu'il n'est pas d'âme sans défaut, nous
irons tous au paradis (« tous les êtres ont une fatalité
de bonheur » dit le locuteur d'« Alchimie du verbe »). Du
côté du discours amoureux : « ce charme, il prit âme et
corps .... sa disgrâce m'est certaine / Il faut que son
dédain, las ! / me livre au plus prompt trépas ». Un tel
mélange tend à rendre le poème assez absurde, ce qui
est d'ailleurs tout à fait sa fonction au dénouement
d'« Alchimie du verbe » (qui débute, faut-il le
rappeler, par « À moi. L'histoire d'une de mes
folies »).
Rimbaud a conçu ce poème comme l'acmé d'un discours de
la folie. La folie des marais occidentaux dont il va
parler dans « L'Impossible », celle qui nous jette dans
la consommation des « poisons » pour accéder à la
possession immédiate du « Bonheur » promis par la
religion. Son charme, dit la chanson, fait que sa parole
« fuie et vole » (l'envol est toujours le symbole du
rêve, de l'illusion d'un instant, voir « J'ai tendu des
cordes...», « L'éternité », « Aube »...), et le lecteur
a raison de n'y comprendre rien. |
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« L'IMPOSSIBLE » (UNE SAISON
EN ENFER, AVRIL-AOÛT 1873) |
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« L'Impossible », écrit Cavallaro, est le « chapitre le plus
spéculatif d'Une saison en enfer », et il en
développe les enjeux en s'appuyant sur une citation de
Quinet que je reproduis, car elle dit bien ce que la
réflexion de Rimbaud doit à « la philosophie romantique de
l'histoire » : « Toute révélation vient d'Orient, et,
transmise à l'Occident, s'appelle tradition. L'Asie a les
prophètes ; l'Europe a les docteurs ; et tantôt ces deux
mondes, échos de la même parole, ont entre eux un même
esprit » (Edgar Quinet, Du génie de la religion, II. 1,
Charpentier, 1842, p. 53). Telle est bien l'idée
décevante qui vertèbre ce chapitre d'Une saison
en enfer : Poètes-prophètes et Savants,
Jésus Christ et Monsieur Prudhomme, Orient et Occident,
donc, « tantôt », ne font qu'un. « L'Impossible » me semble
correspondre à une étape, dans sa trajectoire intellectuelle, où Rimbaud prend
conscience de ce que le programme fixé à sa poésie
en 1871 (dans les lettres dites « du voyant »), a
encore au fond quelque chose de chrétien ou, tout au moins, d'un
peu trop
métaphysique. Le texte est autocritique ou auto-ironique de
part en part. Il commence, comme le fait remarquer Cavallaro,
par récuser cette vision héroïque et martyrique de la vie,
forgée, dans son enfance, sur le modèle du « forçat
intraitable » de « Mauvais sang ». Puis, il se livre à une
diatribe contre les « poisons » générés par la modernité, au
nombre desquels le « dévouement », synonyme de la charité
dans la doctrine chrétienne et désignation récurrente du
faux amour qui sert à « l'Époux infernal », c'est-à-dire
à Rimbaud lui-même, pour s'attacher la « Vierge folle »,
au risque de l'étouffer (cf. « Phrases ») et
de l'asservir. Surtout, « le
tabac » et « l'ivrognerie » (auxquels il n'est pas sans
avoir goûté). Or, de cette quête éperdue de la satisfaction
immédiate sous la forme des « paradis artificiels », il rend
responsable en premier lieu, en ce qui le concerne,
« l'Esprit » du christianisme. Il le confesse : « Les gens
d'Église diront : C'est compris. Mais vous voulez parler de
l'Éden [...] – C'est vrai ; c'est à l'Éden que je
songeais. » Cavallaro aurait peut-être dû suggérer en note à
son lecteur de lire ou relire la préface de l'édition
Berrichon de 1912, où Paul Claudel définit Rimbaud comme un
« mystique à l'état sauvage » en citant notamment la fin de
« L'Impossible » : morceau de bravoure mystico-mystique
consacrant la victoire de « l'Esprit » au sein d'un « Je »
dédoublé, dont on se demande si le célèbre poète catholique
a bien interprété l'auto-ironie. |
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« ANGOISSE » (LES
ILLUMINATIONS, 1873-1875) |
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Cavallaro
voit dans « Angoisse » l'oscillation entre deux « voies »
qui sont, au fond, deux façons différentes de dire « oui » :
« le consentement inquiet à l'apprentissage du monde, c'est-à-dire
au conditionnement social », « l'acquiescement lucide à une
condition douloureuse » (p. 321 du tome 2). La notice développe longuement et de façon extrêmement
brillante l'alternance de rhétorique et de lyrisme du texte,
« la façon dont le poème en prose des Illuminations
pense avec ses moyens propres. » Notamment, « sous
l'impulsion des deux grandes puissances du recueil, “Amour”
et “Force” », ce que l'auteur nomme « la brèche
spectaculaire » du deuxième alinéa, où « les “ambitions”
douloureusement rappelées retrouvent le souffle d'une
aspiration physique » (p. 322).
Cavallaro explique dans une note pourquoi il s'oppose à
l'équivalence entre « Elle » et l'allégorie de « la
Vampire » : « “Elle”, principe féminin lumineux,
maternel et amoureux, est au centre de la première
branche d'un triple espoir, alors que l'action de la
“Vampire” s'oppose au
premier paragraphe dans son ensemble » (p. 323).
J'ai du mal à adhérer à cette analyse. Je dirais plutôt,
personnellement, que le poète envisage trois hypothèses d'avenir. La
première infamante et donc implicitement inacceptable, celle
de succès individuels capables de nous réconcilier avec
« Elle », « la Vampire qui nous rend gentils » ; la seconde
invraisemblable et donc implicitement inconsistante, celle
de succès collectifs, scientifiques ou sociaux, capables de
nous restituer « notre franchise première » ; la troisième
tragique, l'existence douloureuse à quoi sont condamnés ceux
qui disent « non » jusqu'au bout, afin d'être « plus drôles ». Cet adjectif aurait mérité
une note sur tous les sens et les emplois possibles du mot
selon les dictionnaires du 19e siècle et dans la
littérature : l'artiste ? L'image du pitre tragique, à la
manière de Fancioule et de L'homme qui rit ?
Cavallaro a pris soin, comme il le revendique dans sa « Note
sur l'édition », de reproduire « les signes (tirets, traits)
qui accompagnent certains titres sur les manuscrits
autographes » (p. 8) et, dans sa notice sur Les
Illuminations (p. 279), il compte « les traits
de séparation portés à la suite de certains poèmes »
parmi les indices d'« une volonté d'organisation »
de la part de l'auteur. Mais il n'a pas signalé le phénomène
étrange qui singularise la transcription d'« Angoisse » dans
le manuscrit, sous ce rapport : Rimbaud a inséré le poème entre deux traits
de séparation centrés, l'un placé à la fin du poème comme pour le
séparer de « Métropolitain », l'autre, de façon plus
insolite, en haut de page, au dessus du titre, qu'on a du
mal à s'expliquer. Un seul autre poème du recueil montre une
présentation analogue, quoique moins ostentatoire, c'est
« Guerre ». On aurait aimé connaître l'interprétation de Cavallaro sur ce point.
Fréquents, ces traits de séparation
centrés occupent des fonctions différenciées selon les parties du
manuscrit. Dans la partie non-paginée du recueil, très nombreux, ils répondent à une simple
fonction de délimitation matérielle entre textes successifs,
que Rimbaud a fini par trouver superflue, raison pour
laquelle on les trouve systématiquement biffés. Dans la
partie paginée, beaucoup plus espacés, ils encadrent
en général les ensembles constitués comme les séries
numérotées, peut-être même plus largement des séquences
thématiques. Mais pourquoi encadrer de la même façon des textes isolés
comme « Angoisse » et « Guerre » ? Ces poèmes assument-ils
une mission particulière dans l'économie du recueil ? |
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COUP DE CHAPEAU POUR L'ÉDITION FOLIO
CLASSIQUE |
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J'aurais pu prendre quantité d'autres
exemples que ceux développés ci-dessus. Nous y aurions trouvé le même attachement du
maître d'œuvre à fournir au lecteur les éclaircissements lexicaux
nécessaires, une information historique factuelle et
précise, les principales pistes intertextuelles. Ce double
opus de Folio Classique est d'une richesse
sans précédent dans une collection de ce type. C'est
pleinement une édition critique, avec un établissement des
textes intégralement revu et un appareil de notes et notices
qui, quantitativement et qualitativement, fait plus que
soutenir la comparaison avec les plus prestigieuses des
Œuvres complètes. Par le nombre de ses versions, sa
cohérence philologique, la précision de l'établissement,
l'ambition informative et herméneutique, cette édition
Cavallaro a toutes chances de devenir la nouvelle
édition de
référence pour les lecteurs de Rimbaud. |
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Compte rendu
Revue
de presse
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